30 octobre 2011

L'Australie à la poursuite de son "requin blanc tueur"

Julian Ashton. Fight with a shark in Geelong Bay (1881, Melbourne).

Même si Jaws a beau atteindre tranquillement ses quarantes bougies, le concept de "requin tueur" qui rôde le long des côtes (le rogue shark comme l'appellent les Anglo-saxons) est toujours très à la mode.

Une fois encore l'histoire se répète ; une série d'accidents dans une même zone sur une période courte, et il n'en faut pas plus pour que l'Etat d'Australie Occidentale organise une traque au requin blanc "tueur" (voir ce report video de NBC). Une décision qui a de quoi surprendre de la part de ce pays, qui a inscrit le grand requin blanc au nombre des espèces à protéger, et qui devrait pourtant être au fait de la présence de requins sur ses côtes.

Revenons sur les événements :

Le 4 septembre dernier, un jeune bodyboarder est tué à Bunker Bay (250 km au sud de Perth).

Le 10 octobre, un nageur australien de 64 ans est porté disparu à Cottesloe Beach, une des plages de Perth. Seule sa combinaison de plongée a été retrouvée, portant des traces de morsures d'un grand squale.

Le 22 octobre, c'est un plongeur américain de 32 ans qui trouve la mort lors d'une session de chasse sous-marine près de Rottnest Island, à une vingtaine de kilomètres au large de Perth.

Pour l'Etat du Western Australia, 3 accidents mortels en 7 semaines, c'est effectivement de l'inédit.
D'ou un ruage dans les brancards ; le Premier ministre de l'Etat a ordonné l'organisation d'une chasse pour capturer LE squale coupable, un "catch and destroy" du supposé rogue shark.

Dès le 23 octobre, un repérage aerien et six lignes de pêche ont été installées. Mais jusque là le dispositif n'a rien donné...


... et ne donnera probablement rien.

Nous ne reviendrons pas une nouvelle fois sur l'inefficacité et l'inutilité de telles mesures, ni sur la théorie simpliste du rogue shark appliquée au grand requin blanc, qui n'a jamais pu être confirmée scientifiquement - elle est même largement réfutée, au vu des connaissances actuelles.

Par contre, en regardant de plus près ces trois accidents, on s'aperçoit que sur au moins 2 des cas, les conditions in situ étaient pour le moins hasardeuses.

Comme déjà reporté dans ce post, le bodyboarder de Bunker Bay était à l'eau dans des conditions que tout surfeur aguerri évaluerait comme optimum à une mauvaise rencontre : en eau trouble, par ciel couvert et pluie fine, avec une forte activité de la faune marine le matin (présence de baleine et dauphins), sans compter la colonie d'otarie présente à 800m du spot.

Le plongeur américain pratiquait le spearfishing (chasse sous-marine) apparemment seul. D'éventuels poissons blessés et/ou en détresse n'auront pas manqué d'attirer la curiosité de prédateurs. Rodney Fox pourrait en témoigner, le spearfishing en solo est une activité à haut risque dans une zone connue pour être patrouillée par le White Pointer (le nom australien du grand requin blanc), surtout à cette période de l'année ou les baleines effectuent leur migration le long de la côte ouest.

Il y a un an, à la même époque à Rottnest Island, la carcasse de l'une d'elle s'est retrouvée "recyclée" par quelques White Pointers comme on peut le voir dans cette vidéo (un évènement fréquent sur les côtes Californiennes et d'Afrique du Sud également) :


On peut se demander pourquoi dans ces conditions des opérateurs continuent-ils à emmener des touristes pratiquer la chasse sous-marine à cette périose dans la même zone ?

Reste le cas du nageur. Visiblement l'homme avait l'habitude de faire quelques brasses matinales sur cette plage. Les informations sont imprécises sur les conditions, mais il est de notoriété que se mettre à l'eau au lever ou au coucher du soleil, heures auxquelles les grands requins se mettent en chasse, est à proscrire.

Notons aussi que le grand requin blanc n'a pas encore été formellement identifié dans aucun des trois cas. Certains parlent déjà d'un requin tigre concernant l'accident de Rottnest Island.

Depuis une semaine, cette décision de traque au requin a provoqué un tollé certain.

Pour exemple, la réaction de la Fondation Rodney Fox par cette lettre qui rappelle que pour "réguler" il faudrait d'abord posséder des datas et des statistiques fiables sur les populations de requins blancs en Australie (données inconnues pour le moment), et qui met l'accent sur la fréquentation, en constante hausse, de l'homme en milieu marin, en corrélation directe avec les interactions hommes/requins.

Une pétition contre cette décision a également été mise en place : www.thepetitionsite.com/4/stop-the-shark-cull/


Pour rappel, et pour relativiser, l'ISAF (International Shark Attack Files) a répertorié pour l'Australie 52 accidents (dont 27 mortels) qui impliquent le grand requin blanc... depuis 1876.
voir la carte (fev. 2011).

→ lire aussi l'article (en anglais) de The Conservation
voir le report video d'ABC
→ les articles (en anglais) de The Australian du 23 et 24 octobre 2011

26 octobre 2011

Le requin blanc du Monterey Bay Aquarium a été relâché hier

Placé dans le grand bassin 'Open Sea Exhibit' depuis début septembre, le jeune requin était visiblement un peu trop à l'étroit.



Selon le Monterey Bay Aquarium, la nage du squale s'était quelque peu modifiée, l'amenant à se frotter trop souvent près des parois, ce qui, à terme, aurait pu provoquer des abrasions. Les vétérinaires du MBA ont donc pris les devants en décidant de le relâcher.

Le requin a regagné la mer hier, avec succès, accompagné de deux tags : un tag satellite qui permettra de récolter une batterie d'informations sur ses mouvements (trajet, profondeur, température de l'eau...) des prochains 180 jours, et un tag acoustique d'une autonomie de 5 ans, qui documentera son parcours via un reseau de récepteurs-bouées placés le long de la côte californienne.

En 55 jours de captivité, ce jeune mâle requin blanc a gagné 4 kgs et 5 cm (et le poisson lune y a perdu quelque écailles...).

Souhaitons que ce requin blanc du MBA (le sixième) ne finisse pas dans les filets d'un pêcheur, comme cela avait été le cas pour son prédécesseur en 2009, quelques mois après son retour dans l'océan.

→ l'article (en anglais) sur le blog de l'aquarium
→ le site du Monterey Bay Aquarium

23 octobre 2011

Capture illégale (de trop) d'un grand requin blanc à Mossel Bay



Le 11 avril 1991, l'Afrique du Sud a été le premier pays au monde à instaurer une protection pour les grands requins blancs, et à ce jour, il est toujours formellement interdit de pêcher, déranger, pourchasser ou d'attirer des requins blancs sans autorisation ou permis.


Cependant il semblerait qu'un laxisme certain se soit installé quand à l'application de cette réglementation. Pour preuve ce qui s'est passé le week-end dernier à Mossel Bay (Afrique du Sud).

C'est Oceans Research qui a révélé l'affaire. Vous vous rappellez sans doute l'étonnante histoire de ce requin blanc sautant dans leur bateau de recherche en juillet dernier. Les scientifiques Ryan Johnson et Enrico Gennari d'Oceans Research avait mis tout en oeuvre pour sauver et libérer ce requin. À nouveau, les deux hommes ont peut-être permis à un jeune requin blanc d'échapper à un triste sort... et par la même occasion, relancent le débat d'une protection plus effective du grand requin blanc en Afrique du Sud.


Voici le déroulement des événements d'après le communiqué de presse d'Oceans Research :

Le vendredi 14 octobre 2011, Oceans Research est averti par appel téléphonique : à Beacon Point, un pêcheur est en train d'attraper un grand requin blanc et de le remonter sur les rochers.



Ryan Johnson se rend donc sur les lieux. Sur place, le requin est toujours hors de son élément et le pêcheur ne fait visiblement aucun effort pour le remettre à l'eau. Mieux, quelques minutes auparavant, il posait pour quelques clichés avec le requin à ses côtés.

En Afrique du Sud, la loi est pourtant claire, aucune prise de grand blanc n'est permise. Et dans le cas d'une prise accidentelle par pêche, le requin doit être immédiatement libéré (ligne coupée si il le faut). 

Le ton monte entre Johnson et le pêcheur. Celui-ci est dûment averti de son infraction, mais l'urgence est d'abord de remettre le requin à l'eau.

De son côté, Enrico Gennari a tout de suite pris contact avec l'antenne locale du DAFF (Department of Forestry and Fisheries), dont les bureaux sont à moins d'un kilomètre de Beacon Point. Le DAFF assure au chercheur qu'il va se rendre sur les lieux pour constater la situation.

À Beacon Point, Johnson, finalement assisté d'une autre personne et du pêcheur, arrive à faire basculer le requin et à le remettre à l'eau (photo ci dessous). Cette femelle requin blanc de deux mètres finit tant bien que mal par se retourner, et après s'être heurtée à nouveau au rochers, elle reprend la direction du large et disparaît...

Mais rien n'est moins sûr quant à sa survie.

Enrico Gennari le précise : le pêcheur et ses fils ont mis plus d'une heure à remonter le requin sur les rochers pour pouvoir prendre leur photo. Quand ils ont compris qu'il n'y arriverait pas en tirant sur la ligne, ils ont attrapé et tiré le requin par les branchies pour le hisser sur les rochers, lui infligeant des dommages probablement irréparables.

Le pêcheur, Leon Bekker, savait-il que cette pêche était illégale? Sa réponse : "Et alors? Tout le monde fait des trucs illégaux, où est le problème?".

Et tandis que Bekker remballe son équipement (un kayak, vraisemblablement utilisé pour placer des appâts massifs, et du matériel de pêche au gros, ce qui ne laisse guère de doutes quand à ses intentions du jour), Ryan Johnson attends l'agent du DAFF.

20 minutes plus tard, il est clair qu'il est trop tard pour constater une infraction ou quoi que ce soit d'autre. L'agent du DAFF ne s'est pas présenté et reste injoignable.

Depuis lundi dernier, quelques photos récoltées par Oceans Research ont étés rendues publiques (certaines sont reproduites ici). L'affaire est relayée par la presse, le Cape Times en a même fait sa une, et les réactions d'indignations ne tardent pas.

Après avoir nié les faits puis menacé Johnson de diffamation, Bekker, réalisant sa situation, s'est étalé en excuses vaseuses, soutenant que "le requin s'est échoué tout seul sur les rochers", que lui même n'est qu'un "novice dans la pêche au requin"... ou qu'il ne sait pas vraiment reconnaitre un grand requin blanc.

La vérité est que l'homme n'est pas à son coup d'essai.

Pour preuve les quelques autres photos, accrochées au mur d'une boutique de pêche de George (ville de résidence de Bekker), et qui ont rejoint le dossier accablant. Ces photos montrent Bekker posant avec pas moins de douze grand requins blancs différents. Pas mal pour un novice.

Bien heureusement, de nombreux clubs de pêche sportive pratiquent une pêche "responsable" et légale, mais l'augmentation de la "pêche sportive au requin" a entraîné une augmentation dans le ciblage des grands requins blancs, pourtant protégés.

Et il y a bien eu quelques antécédents, observations à l'appui, de captures illégales. Les membres d'Oceans Research l'ont constaté durant les quatre dernières années à Mossel Bay. En période de week-ends prolongés, ou de jours fériés, des pêcheurs de Cape Town ou d'autres villes débarquent avec leur attirail de pêche dernier cri, et kits spécial requin, sur les spots connus pour être fréquentés par les grands blancs. La pêche était discrète, le soir ou tôt le matin.
 
Même si les contrevenants sont passible d'une amende de 50 000 Rands (5 000 euros) et d'une peine de prison de deux ans, sur les affaires portés à la connaissance des institutions concernées, aucune n'a aboutie.

En clair, jusqu'à maintenant, personne n'a été inquiété pour pêche illégale de grands requins blanc en Afrique du Sud.

Ryan Johnson est conscient des failles de la législation. Il suffit pour un pêcheur d'affirmer après coup qu'il ne ciblait pas un grand requin blanc pour que les poursuites n'aboutissent pas. Et même si celui ci se vante (officieusement) de cibler les grands blancs sur les réseaux sociaux, même s'il possède tout le matériel pour capturer de gros requins, même s'il se trouve sur un site ou il est de notoriété que les grands requins blancs croisent, le fait est que "l'intention" (de pêcher un grand requin blanc) n'est pas un motif suffisant pour obtenir une condamnation de ces pêcheurs.

Il observe également que "malgré la loi stipulant que les pêcheurs doivent couper la ligne quand l'identification d'un requin blanc est avérée, il ne le font pas, prétextant qu'il est plus responsable de remonter le requin pour lui retirer l'hameçon avant de le relâcher (après avoir pris tout un tas de photos) - une excuse très commode pour ces pêcheurs délinquants.

Le cas Bekker est maintenant porté en justice. 14 grands requins blancs (au minimum) ont fait les frais de ce seul pêcheur. Les autorités Sud Africaines sauront-elles agir cette fois ci ?


lire le communiqué de presse (en anglais) d'Oceans Research sur www.wavescape.co.za/white-shark-denial.html

lire les articles du Cape Times du 17 octobre et du 19 octobre

19 octobre 2011

Le programme de marquage des requins à la Réunion est lancé

Finalement c'est hier, mardi, qu'a débuté le programme CHARC (habile jeu de mot - qui vaut pour Connaissance de l'HAbitat des Requins Côtiers... de la Réunion).

Financé par l'Etat et la Région, cette opération se déroulera sous l'égide de l'IRD (Institut de Recherche sur le Développement) et durera quatre mois, à raison de deux sorties en mer par semaine.

Dans un premier temps, une dizaine de balises acoustiques devraient être installées sur des requins tigres et bouledogues. Ces balises (ou tags) enverront leurs informations à trois petites stations d'écoute fixées sur des bouées.

Selon l'AFP, "cette campagne constitue la première phase d'une grande étude scientifique visant à établir une "corrélation entre la présence et le comportement des requins et les facteurs du milieu" dont les courants, la pollution, la turbidité de l'eau, a dit Marc Soria, scientifique de l'IRD et coordonnateur de l'opération.

Au total, 80 marquages seront effectués et deux caméras sous-marines installées pour les besoins de l'étude qui se déroulera sur 30 mois et comportera plusieurs volets (bibliographie, statistiques des attaques...)."

Les données ainsi récoltées devront permettre "d'établir une échelle de risque, comme pour les avalanches" a indiqué la préfecture, qui a néanmoins signifié à nouveau qu'elle ne s'interdira pas de "prélever" quelques individus si elle a le sentiment que ceux-ci "présentent un risque".


Concernant le déroulement et les modalités de l'opération CHARC, Science et Avenir a publié aujourd'hui une nouvelle interview de Bernard Séret, à lire sur leur site : www.sciencesetavenir.fr

15 octobre 2011

Les requins dans La Tête au Carré



Ça nous avait échappé mais jeudi dernier, l'émission scientifique de France Inter La Tête au Carré a consacré son émission aux requins.

Matthieu Vidard a invité Bernard Séret et Yves Paccalet pour faire un point sur les requins, et sur leur rôle écologique déterminant pour l'équilibre des océans.

Bernard Séret est chercheur et spécialiste français des requins. Yves Paccalet est naturaliste et l'auteur de nombreux livres dont La vie secrète des Requins (2003) et de Requins, innocents sauvages (1997) avec J-Y. Cousteau.

L'émission revient évidemment sur les événements agités de l'île de la Réunion, sur la Semaine Européenne des Requins qui commence dès ce week-end et sur les requins de Polynésie entre autre...



réécouter l'émission en ligne sur le site de La Tête au Carré

09 octobre 2011

Shark Alliance: Semaine européenne pour les requins 2011

Tout comme l'année dernière (et les 3 autres années auparavant), Shark Alliance organise la SEMAINE EUROPEENE POUR LES REQUINS qui se déroulera du 18 au 23 octobre 2011 dans plusieurs pays d'Europe.



Pour la France, l'inauguration aura lieu le dimanche 16 octobre 2011 à l'Aquarium de La Rochelle à partir de 14h30, avec au programme :

- "Requins: pour quelques nageoires de trop" une exposition photo de Pascal Deynat.

- "Face à face avec le grand blanc" une expostion photo de Patrice Héraud dont le livre "Le Grand Requin Blanc, du mythe à la réalité" vient de sortir (voir ce post).

- 15h00 / Diffusion du film Sharkwater (Les seigneurs de la mer) de Rob Stewart.

- 16h50 / Débat sur les requins animé par Bernard Séret, chercheur à l’IRD et Patrice Héraud.




l'Aquarium Mare Nostrum de Montpellier proposera durant la semaine plusieurs rendez-vous dont :

Samedi 15 octobre 14h / "Le grand requin blanc" rencontre avec le photographe Patrice Héraud autour de son livre.

Mardi 18 octobre 19h / "Requins sous haute surveillance", projection du film de Christian Pétron (52 min), suivie de l'Expédition Mare Nostrum, sanctuaire de Malpelo en Colombie, visioconférence avec Stanislas Teuillaud, coordinateur de projet à la fondation Malpelo.

Jeudi 20 octobre 19h / "Une mer sans requins !", conférence de Bernard Séret de l'IRD.

programme complet sur www.aquariummarenostrum.fr

 Le Seaquarium du Grau du Roi proposera des expositions photographiques, projections et animations. Programme sur www.seaquarium.fr

L'Aquarium Sealife Paris proposera également des animations durant cette semaine.

Plus d'infos: 
www.semaineeuropeennepourlesrequins.fr
www.sharkalliance.org

07 octobre 2011

La république des îles Marshall protège ses requins !

Les îles Marshall (constituées d'une trentaine d'atolls et d'environ 1100 îles dans l'océan Pacifique) viennent d'annoncer il y a quelques jours la création d'un immense sanctuaire pour les requins, le plus grand de la planète (8 fois la surface du Royaume-Uni).


Dans cette zone la pêche commerciale de requins et la vente de tout produits dérivés du requin sera totalement interdite. Cette réglementation sera accompagnée de lourdes amendes pour les contrevenants.

Après Palau, les Maldives, le Honduras, les Bahamas et Tokelau, les îles Marshall s'engagent donc dans une politique concrète de défense des squales, et cette excellente nouvelle devrait ne pas rester sans suite. En effet, en juin 2011, plusieurs dirigeants micronésiens ont signés une déclaration en vue de la création, à terme, d’un sanctuaire régional couvrant toute la Micronésie et qui pourrait se concrétiser d’ici fin 2012. 

l'article de Tahiti Infos.
→ le communiqué (en anglais) de Pew Environment Group.

05 octobre 2011

Une interview de Bernard Séret

"Toutes les espèces de requins sont intéressantes à étudier et… à découvrir !"

Ceux qui sont familiers du monde des requins et ceux qui lisent ces pages le connaissent, pour les autres il n'est jamais trop tard, car quand on parle des squales en France, Bernard Séret n'est jamais très loin.

Chercheur à l'IRD (Institut de recherche pour le développement), océanographe-biologiste de formation, plongeur... Bernard Séret étudie les poissons cartilagineux, leur biodiversité, leur pêche et leur conservation depuis plus de 30 ans.

Auteur de plusieurs livres sur les requins et les raies, il travaille au sein du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris.

En 1996 il participe à la fondation de l'European Elasmobranch Association, qui regroupe à présent 12 structures de différents pays européens dédiées à la recherche sur les chondrichtyens.

Les Dents (et le nez) de la Mer, la squalamine, le requin-lanterne, les bons toutous des familles, le Mégalodon, les ptérygopodes, le CAC40 de la biodiversité... tout ça et bien plus encore se retrouvent dans la longue interview de Bernard Séret publiée le 17 septembre 2011 sur l'excellent site Agents d'entretiens - www.agentsdentretiens.fr

photo: IUCN-Shark Specialist Group http://www.iucnssg.org

Sharkwise

Sharkwise (a journey of discovery) est un documentaire réalisé par Lieven Debrauwer avec Marc Sluszny en protagoniste principal, partant à la rencontre des requins d'Egypte, du Mozambique jusqu'au grand requin blanc d'Afrique du Sud. Voici le trailer


Pas beaucoup d'autres infos à se mettre sous la dent concernant ce doc. On reconnait dans ce trailer Mike Rutzen, il est donc probable qu'il soit question à un moment de freediving avec les grands blancs de Gansbaai.

Sharkwise est sorti dans quelques salles en Belgique cette année et devrait bénéficier d'une distribution en DVD très bientôt.

www.sharkwise-the-movie.com

03 octobre 2011

Les requins réunionnais, indésirables à la Réunion?


La semaine a été pour le moins houleuse à la Réunion.

Le bilan : un seul requin, une femelle bouledogue de 2m44, aura finalement fait les frais du "prélèvement de poissons dangereux" de 3 jours décidé par la préfecture (voir posts précédents). Un moindre mal. Quant aux filets protecteurs, voire les drum-lines (palangres flottantes) un temps envisagés pour sécuriser le site, ils ne sont plus à l'ordre du jour... pour l'instant.

Le prélèvement, ce "braconnage légal" diront quelques uns, aura provoqué un tollé certain à la Réunion puis en France, fédérant une mobilisation sur la toile contre cette décision de pêche de 10 grands squales; une mesure considérée comme injuste, inutile mais surtout inadaptée sans qu'aucune étude scientifique ne soit effectuée en amont.

Cette opération, purement médiatique, initiée avant tout pour rassurer la population et préserver l'activité touristique, aura également été soutenue par une poignée de personnes, surfeurs et "professionnels de la mer" comme ils aiment à se qualifier, convaincus qu'une "bande de bouledogues" a élu domicile sur leurs spots favoris, et que leur "prélèvement" rétablirait une "situation normale" à la Réunion.

Mais que signifie une "situation normale" exactement ? Vaquer à son loisir nautique sans considération envers le milieu dans lequel on évolue ? En étant "consommateur" de l'océan sans prise de responsabilité aucune ?
Non, bien sûr. On aime à penser que ces amoureux de la mer aient dépassé ce stade, que ce vieux concept érigeant l'homme en colonisateur marin colporté dans les vieux documentaires des années 50 se soit volatilisé à jamais...

Ou pas.

"La bande de bouledogues de Boucan a pris goût à la chair humaine, et ils en redemandent !"

Ne rigolez pas, ce genre de propos ont bels et biens étés tenus et soutenus, principalement sur quelques pages d'un réseau social bien connu... "vermine", "nuisance", "poubelle de la mer" est également populaire, mais le gagnant est sûrement l'auteur de cette tirade, apportant sa pierre à l'édifice des solutions, je cite : "faut remonter du bouledogue point barre!".

Les échanges entre pro et anti-pêche ont été rudes, souvent insipides et calamiteux, de rares fois constructifs. Alors oui, on le sait, facebook n'est pas une plateforme qui favorise réflexion et les discussions de fond, mais quand même, voilà qui est révélateur de comment le requin est considéré par certains à la Réunion. Voilà qui en dit long sur les graves lacunes en matière de connaissance des requins et du travail de remise en cause à effectuer.

La polémique n'est pas terminée. Relayée localement par les médias réunionnais dans un premier temps, elle dépasse maintenant le cadre national... notamment depuis jeudi dernier, avec la réaction musclée mais au final justifiée de Sea Shepherd France envers quelques irrécupérables vindicatifs, qualifiés de "honte pour la communauté mondiale du surf" (ceux là n'ont pas tardé à répliquer, n'étant plus à une ineptie près, provoquant une nouvelle réponse de Sea Shepherd en forme de longue "lettre d'excuses publiques").

Au jour d'aujourd'hui le drapeau rouge flotte toujours, mais quelles vont être les prochaines manoeuvres ? La Réunion semble payer aujourd'hui l'absence de décisions depuis les 20 dernières années et continue, toujours hésitante, de jongler avec le "risque requin" plutôt que de reconsidérer la question à long terme, la présence de requins pouvant être, pourquoi pas, un atout touristique. Après tout, ça s'est déjà vu ailleurs.

A suivre.


→ En bonus ce billet en forme de petit clin d'oeil historique : Des requins et des hommes, nous rappelant à juste titre que les requins étaient là et bien là avant que l'homme blanc ne débarque sur l'île Bourbon, et que la difficile cohabitation ne date pas d'hier.

→ A lire aussi, "apprenons à vivre avec le requin", une interview de Jean-Bernard Galves, plongeur réunionnais et passionné de squales.