11 mai 2013

Wild Kingdom, Great Whites... documentaires vintage !

De temps en temps surgissent sur Youtube des archives étonnantes. C'est le cas ici avec  la mise en ligne récente de plus de 300 émissions de Mutual of Omaha's Wild Kingdom, une série de docs animaliers diffusés de janvier 1963 à 1987 sur la chaine US NBC. Et nous on aime les docs vintage.

Ceux-là ont été tournés sans surprise autour de Dangerous Reef (au large de Port Lincoln, Australie) lors d'une expédition affrétée par l'incontournable Rodney Fox, dans les années 80, à la rencontre de vous savez qui.

Au programme, marquage de plusieurs requins, des "tests" vaguement scientifiques, des ralentis, des présentations d'un autre temps et des assertions la plupart du temps à côté de la plaque... bref, la préhistoire en matière de compréhension des requins blancs mais aussi le témoignage précieux (et parfois assez drôle) d'une époque où tout était encore à découvrir sur le redouté Carcharias.







Ce troisième doc a été tourné autour de l'île de Guadalupe, zone d'aggrégation bien connue aujourd'hui. Mais à l'époque, la présence de grands requins blancs, bien que supposée, n'était pas si évidente. Les "expérimentations" sont donc conduite avec quelques requins bleus présents, quand enfin...


... le premier marquage en pleine eau d'un grand requin blanc ?

Wild Kingdom a produit un certain nombre de docs concernant les requins. Si vous êtes motivés, on vous conseille celui-ci tourné au large de la Californie avec des requins bleus et makos, cage et test (encore) de costume en côtes de maille... Celui-là aussi, filmé à Bimini avec le Dr Samuel Gruber, une étonnante table d'opération sous-marine, des requins tigres et des requins citrons... et même cet épisode, assez improbable, où les plongeurs tentent de capturer des requins bleus à main nues pour les examiner.

La chaine Youtube de Wild Kingdom.

10 mai 2013

François Sarano et le Grand Requin Blanc : les conférences



Pour ceux qui n'auraient pas pu assister aux conférences données par François Sarano en avril dernier, voici les séances de rattrapage sur Youtube.

Paris : http://youtu.be/otkvwgwBdC8
Grenoble (2h20!) : http://youtu.be/e8EJPGd9eSM

06 mai 2013

Le Grand Requin Blanc 3D


GREAT WHITE SHARK 3D - un nouveau documentaire à propos du Carcharodon carcharias, le "prédateur dont nous aimons avoir peur". 

Nous sommes curieux de voir si son seul intérêt est d'être un film 3D ou si il arrivera à se démarquer des productions récentes (qui rabâchent un peu toujours les mêmes choses, il faut bien l'avouer). Le film a été tourné en Afrique du Sud, Nouvelle Zélande, Californie et Mexique avec un casting de choix : Mike Rutzen, Chris Lowe, Frédéric Buyle, William Winram entre autre...



Le film sera diffusé à partir du 24 mai 2013 aux USA et les Québecois pourront le voir dès le 31 mai à Montréal.

Site web : http://greatwhiteshark3d.com

05 mai 2013

Les attaques de Requins (3/3) : reclassification ?


Avalon Beach, Sydney en mars 2009. Photo © Ian Waldie.


Devrait-on parler d'attaque quand il est question de requin ?

Depuis nombre d'années c'est bien le terme d'attaque qui reste le plus utilisé dans les médias et pour le public pour qualifier tout type d'interactions entre homme et requins, que ce soit de la simple éraflure à la morsure grave.

Cet état de fait a conduit Christopher Neff (chercheur à l'Université de Sydney) et le biologiste marin Robert Hueter (Floride) a remettre ce débat sur la table en janvier dernier avec la publication de leur article Shark "attack" : a proposal for reclassifying human–shark interactions.

Une proposition qui mérite qu'on s'y intéresse. Et il est vrai que l'emploi d'une terminologie juste et adaptée est devenue une question essentielle tant elle conditionne et façonne la manière dont nous percevons les requins.

L'article revient en premier sur l'aspect historique ; les connaissances scientifiques à propos des requins sont restées relativement embryonnaires jusqu'au XXeme siècle (les squales réputés dangereux ne sont présents qu'en zone tropicale, disait-on jadis). Les écrits d'explorateurs ou de spécialistes n'offrent guère alors d'alternative à la réputation du requin. Et à l'instar du tigre à la même époque, c'est sur cette seule réputation qu'est né et a perduré le concept de man eater - le mangeur d'homme - qui a collé aux grands requins (blancs notamment).


 La menace du requin mangeur d'homme. En-tête d'un long article paru le 23 février 1924 dans le journal Australien The Mail.


A l'aube de l'exploration sous marine et avec l'accroissement de la présence humaine sur les côtes, les choses s'amplifient. Hommes et requins sont amenés à se côtoyer de plus en plus, et parfois au détriment du premier. En Australie principalement, la presse commence à s'y intéresser de plus en plus. Autrefois plutôt qualifiés d'accidents dans la rubrique faits-divers, les "attaques" vont finir par s'installer en première page.


Quelques unes fracassantes en Australie dans les années 1960. Source The John Harding Files


Même s'il n'en est bien évidement pas l'inventeur, c'est Victor M. Coppleson qui est désigné comme principal responsable de la déviance sémantique du terme Shark Attack.

Coppleson (1893-1965), chirurgien australien, a en effet écrit dès les années 1930-40 de nombreux articles sur le péril requin, dont on retrouve la synthèse dans son livre... Shark Attack (1958). On lui doit l'invention du rogue shark, un requin mangeur d'homme récidiviste, bien pratique pour expliquer les morsures de requins. Pour Coppleson, si un requin vous mord c'est sans équivoque : c'est un requin de type rogue qui a developpé un goût pour la chair humaine (et qui en redemandera). Les requins non-rogue quant à eux se comportent "normalement", et ne vous mordront donc pas.

Et je cite les auteurs qui citent Coppleson : "la présence continuelle de requins mangeurs d'hommes, des attaques en série, qui cessent une fois qu'un individu particulier est capturé, suggère qu'un requin - et non pas plusieurs - est coupable. Cela suppose la présence d'un requin (a vicious shark) patrouillant une certaine zone de la côte, d'une rivière, ou d'un port, pendant de longues périodes". Coppleson concluant par : "un tel requin doit être chassé jusqu'à être éliminé".

Et cette théorie sans réel crédit scientifique perdure encore tristement aujourd'hui.

Neff et Hueter soulignent ce basculement : d'un "accident" on passe donc à l'idée d'une agression délibérée et inconditionnelle par un requin (supposé rogue), qui devient de facto un criminel.


Un article de Victor Coppleson pour le Sunday Mail du 3 décembre 1950.


L'Australie et l'Afrique du Sud notamment retiendront bien la leçon. Il en résultera des actions abruptes ou des représailles absurdes. Exemple ? En 1958, suite à ce qu'on appellera le "black december" (cinq accidents mortels à Durban, Afrique du Sud en 5 mois), la ville fait appel à un bateau de la marine sud-africaine pour intervenir. Le concept est radical : un nettoyage à la bombe. La Navy fera exploser une soixantaine de charges sous-marines le long des côtes de Durban. Bilan : huit requins tués, un carnage pour la faune, et l'arrivée de nouveaux squales attirés par la quantité de poissons morts. La pose de filets (calquée sur le modèle australien) viendra juste après, accompagnée par la naissance d'une structure; le Natal Anti Shark Board, encore actif aujourd'hui.

Filets anti-requins, tournois de pêche, chasse et prélévements. Désormais dans l'esprit du public et jusqu'au paroxysme du phénomenal Jaws, un bon requin est un requin mort. Du lynchage en réponse à un acte jugé "criminel" en quelque sorte (une logique qui a encore cours de nos jours dans certains endroits du monde).

Après cet inventaire socio-culturel, l'article de Neff et Hueter étudie donc les différentes options. Clairement le terme "attaque" est pour eux devenu obsolète, et il n'est plus viable de traiter deux événements aussi différents qu'un "kayak inspecté par un requin" et la "morsure fatale d'un baigneur par un requin blanc" de la même manière.

La réflexion sur une terminologie plus adaptée ne date pas d'hier ; certains chercheurs et scientifiques avaient auparavant déjà préconisé l'utilisation de "morsure" au lieu d'attaque. Mais ici, les deux hommes proposent 4 nouvelles catégories pour qualifier les interactions hommes-requins :

Shark sighting - Close to people but no physical contact
Présence d'un requin - proche mais sans contact physique.

Shark encounter - No human injury but surfboard or boat damage
Rencontre (à défaut d'une meilleure traduction) avec un requin - pas de blessures mais embarcation ou surf endommagé.

Shark bite - A non-fatal bite by a small or large shark.
Morsure de requin - morsure non mortelle par un petit ou gros requin.

Fatal shark bite - One or more bites causing death.  
Morsure de requin mortelle - une ou plusieurs morsures entrainant la mort.

Outre une hiérarchisation passant par une classification plus scientifique, les deux chercheurs estiment que ces 4 propositions fournissent une description plus objective qui pourraient permettre au public d'évaluer plus précisément le niveau de risque. Elles se focalisent sur les conséquences plutôt que sur l'intention qui, dans la plupart des cas, n'est jamais réellement connue.

En proposant deux exemples commentés (sur des données existantes pour l'Australie et la Floride), la nouvelle reclassification met en relief le faible taux de mortalité résultant de ces interactions. Elle montre aussi qu'une rencontre avec un requin ne se termine pas forcément avec des blessures.

Sortir de l'ère post-Jaws ; voilà le motto de Neff et Hueter, qui envisagent leur proposition comme un "appel envers les scientifiques, les autorités et le monde médiatique pour reconsidérer leur discours à propos des requins dans le but d'améliorer les informations données au public".


→ l'article de Christopher Neff et Robert Hueter dans son intégralité
→ l'article du guardian à ce sujet.
→ reportage video et interview de Christopher Neff sur theage.com.au



Epilogue. 

En 1947 (soit 11 ans avant la parution du bouquin de Coppleson), paraissait chez Gallimard "La vie des requins" du naturaliste français Paul Budker (1900-1992) un des premiers ouvrage d'envergure à propos des squales. Budker consacre un chapitre entier sur les "mangeurs d'hommes" dans lequel il se montre tout à fait clairvoyant pour l'époque :

"Il est évidemment absurde de soutenir qu'un animal capable d'avaler une peau de buffle, ou de s'attaquer à un phoque, un marsouin ou un espadon, ne puisse pas occasionnellement saisir un homme dans l'eau. Par contre il serait tout aussi saugrenu de croire que certains requins se repaissent de chair humaine de préférence à tout autre aliment, et qu'ils en font leur régime de prédilection; car ce régime se terminerait promptement par l'inanition; les occasions de consommer l'Homo sapiens sont en somme assez rares et un Carcharodon de plusieurs centaines de kilogs en exigerait quotidiennement une quantité dépassant largement les possibilités de l'offre... L'anthropophagie ne peut être pour les requins, qu'un complément accidentel résultant d'une circonstance fortuite".

Même si l'on peut énumérer quelques théories et suppositions, il reste difficile de comprendre ce qui motive une morsure de requin envers les bipèdes mammifères que nous sommes. Le sujet est vaste et l'on ne l'abordera pas en détail ici. Mais disons quand même que chaque accident devrait être examiné selon ses particularités, étroitement liées au milieu, aux conditions et à l'espèce de requin impliquée.

C'est d'ailleurs une erreur récurrente d'assimiler toutes les espèces de requins comme étant une seule. De la même manière, il est inexact d'affirmer à tout va qu'"un requin mord parce qu'il confond l'homme avec sa proie". L'hypothèse de la confusion alimentaire ou de la morsure exploratoire (un requin "goute" mais ne mord pas à proprement parler) concerne principalement des accidents impliquant des grands requins blancs. D'autres espèces comme les requins tigres ou bouledogues connaissent d'autres modes opératoires, mordent plusieurs fois dans certains cas... Certains accidents, rarissimes, montrent aussi le signe d'une prédation avérée sur l'homme.

Mais qualifier ce large spectre de situations d"attaques" ne veut plus rien dire. Intégrer les éventuels risques et considérer l'océan tel qu'il est, un territoire sauvage (et mis à mal), devrait tomber sous le sens.

Maintenant nous en connaissons suffisement sur les requins pour stopper de se comporter comme il y a cinquante ans, à l'époque de Coppleson.