Requins en danger / Agir

Le grand requin blanc reste encore aujourd'hui une espèce menacée, même si des efforts ont été fait depuis les années 90.

D'une manière générale, le grand requin blanc est rare dans la majeure partie de son aire de répartition. Si une estimation et un suivi de la population mondiale de requins blancs est très difficile à évaluer, les scientifiques s'accordent pour considérer que leur nombre a fortement chuté, surtout depuis les années 1970.  Bien plus présent en Méditerranée il y a encore deux siècles, il est devenu de nos jours quasi absent.

L'Afrique du Sud a été le premier pays au monde à légiférer sur sa protection en 1991. De nombreux pays lui ont emboité le pas
(Namibie, Australie, USA, Nouvelle Zélande, Tasmanie, Malte...) notamment en interdisant sa pêche et sa commercialisation. Mais au niveau mondial cette protection reste toute relative car inégale d'un pays à l'autre, et inexistante dans les eaux internationales.

Le grand requin blanc figure :

  • sur la liste rouge de l'IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) depuis 1996 avec le statut vulnérable.
  • en Annexe II* de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) depuis 2004.
*L'Annexe II est la liste des espèces qui, bien que n'étant pas nécessairement menacées actuellement d'extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n'était pas étroitement contrôlé.

Les grands requins blancs sont présents dans presque toutes les mers du globe et peuvent être des migrateurs aguerris.
Leurs caractéristiques biologiques les rendent vulnérables aux activités humaines. Une femelle grand requin blanc n’est sexuellement mature qu’à partir de 10 ans, lorsqu’elle a atteint une taille de 4-5 mètres. Les faibles taux de reproduction (gestation estimée à 14 mois et fécondité moyenne de sept jeunes) limitent la capacité de l’espèce à résister aux pertes découlant de l’augmentation du taux de mortalité.

Même si le Shark-finning (voir plus bas) ne le concerne que peu, le requin blanc (ainsi que de nombreuses espèces de requins) doit faire face à différentes menaces :


La surpêche et les 'prises accessoires'

Que ce soit par la pêche industrielle à la palangre, pêche au filet dérivant, filets maillants ou autres engins, la surpêche est la cause principale du déclin des populations de requins.
Les "prises accessoires" de requins de toute sortes sont considérables. 


Les captures de grands requins blancs sont la plupart le fait de ces prises accessoires liées à la pêche commerciale, c'est à dire une prise accidentelle et involontaire, en majorité sur une zone côtière (contrairement à ses cousins le requin-taupe bleu (Isurus oxyrinchus) et le requin taupe (Lamna nasus) souvent pris au large des côtes océaniques pélagiques).
 

Au 20eme siècle, bon nombre de specimens ont fait les frais de captures accessoire par la pêche artisanale au thon (madragues en Méditérranée notamment), ou au hareng (fascines en Amérique du Nord).

Le grand requin blanc est vulnérable à la capture traumatique. C'est un animal curieux et qui s'approche facilement des bateaux pour inspecter les lignes ou les prises. I
l n'est pas si rare d'observer des spécimens blessés par divers engins de pêche (hameçon, lignes, hélices...). Une capture, même rapide, peut limiter ses chances de survie... quand il n'est pas tout simplement tué par les pêcheurs eux-mêmes.


 
Pêche sportive et braconnage

Auparavant considérés comme une menace, les grands requins blancs ont longtemps été ciblés par les pêcheurs sportifs et les chasseurs de trophées (surtout en Australie, Afrique du Sud et sur la côte est des USA), jusqu'à devenir presque une mode au milieu des années 70 suite à un certain film. Un phénomène qui a aussi encouragé la pêche sportive d'autres espèces de requins de moins grande envergure
.

Frank Mundus, chasseur de requins notoire de Long Island (NY) 1980. (photo W. Krajicek).

Même si le requin blanc bénéficie d'une protection accrue, un marché noir subsiste toujours pour les mâchoires, dents, voire des spécimens entiers. Les prix peuvent atteindre des sommes très élevés ce qui encourage le braconnage.


Modification de l'habitat et pollution

L'aménagement des littoraux a considérablement augmenté au cours du siècle dernier, modifiant les habitats et augmentant les niveaux de pollution, entraînant une dégradation générale de l'environnement. De nombreuses espèces de requins utilisent les habitats côtiers et les estuaires pour trouver de la nourriture et se reproduire, loin des prédateurs et des concurrents. Ils sont donc vulnérables aux changements négatifs de leur habitat.


Les requins jouent un rôle important dans la stabilité des écosystèmes marins. Ils régulent notamment de nombreuses populations de poissons et de mammifères marins. Leur absence peut entrainer un déséquilibre en cascade à divers degrés (par exemple une explosion démographique de leurs proies, raréfactions d'autres espèces en bas de chaîne... jusqu'à impacter la bonne santé du corail)
.
Elle peut affecter également la pêche. De nombreuses études scientifiques démontrent que la disparition des requins provoque la disparition de poissons, de mollusques et de crustacés commercialement importants, mais également d'autres prédateurs comme le thon.

Les polluants divers (comme les métaux lourds et pesticides) déversés dans les mers ou les rivières sont absorbés ou ingérés par les plus petits animaux et remontent au sein de la chaîne alimentaire par l’activité prédatrice. Les prédateurs en bout de chaîne sont les principales victimes de ce phénomène cumulé de contamination.


Ainsi, des taux élevés de mercure (méthylmercure) se retrouvent dans la chair de nombreux grands squales prédateurs tel le grand requin blanc. Un mercure qui se retrouve aussi dans le plancton, les animaux filtreur, les poissons (thon, marlin, espadon...) et les cétacés du bout de la chaîne alimentaire. Leur consommation peut donc représenter un réel danger, le méthylmercure engendrant des problèmes de santé graves au delà de certains seuils.

Par ailleurs, des toxines se retrouvent dans certaines espèces de requins - qui peuvent provoquer chez l'homme des maladies neurodégénératives.


Les filets anti-requins

C'est en 1937 que les filets anti-requins (filets maillant) ont fait leur apparition sur quelques plages de Sydney. Cette solution s'est développée en Australie (Queensland en 1962) et même exportée en Afrique du Sud (région de Durban, KwaZulu Natal) à partir des années 50. Le but de ces filets est clairement de réduire les populations de requins potentiellement dangereux aux abords des plages pour diminuer un risque d'attaque.

Un requin bouledogue pris dans un filet.

Même si il a prouvé une certaine efficacité, le déploiement de filets met aussi en péril d'autres espèces marines (protégées ou non) ; bon nombre de poissons, dauphins, raies et tortues ainsi que des espèces de requins inoffensives pour l’homme y trouvent la mort.

Entre 1950 et 2007, ce sont 577 grands requins blancs qui ont été retrouvés pris dans les filets du New South Wales Meshing Program en Australie. Le taux de mortalité est élevé : seulement 17 des 100 grands requins blancs capturés entre 1990 et 2008 ont pu être relâchés vivants (Green et al . 2009).

Depuis plusieurs années, des palangres de surfaces (drumlines) sont utilisées en complément, ou en remplacement des filets (notamment au Queensland et au KwaZulu Natal).


Bien que la situation du grand blanc soit préoccupante, il ne faut surtout pas oublier que de nombreuses espèces de requins sont péchés dans des proportions alarmantes dans le monde entier, la plupart du temps pour satisfaire la demande d'ailerons à destination du marché Asiatique.



Le shark-finning, pratique mondialisée

Le finning (de l'anglais  fin = nageoire) ou aileronage en français, consiste à couper les ailerons du requin, parfois encore vivant, et à rejeter l’animal mutilé à la mer, les nageoires prélevées servant à la préparation d'une soupe traditionnelle chinoise.

Un kg de nageoires séchées peuvent rapporter jusqu'à 500 euros. 
Un bol de soupe d'ailerons peut coûter plus de 90 euros.


Ce commerce très lucratif attire aussi bien les pêcheries industrielles qu'artisanales des pays émergents et développés. La majorité des ailerons est exportée vers le marché asiatique, où ils sont vendus au détail. Hong Kong est le premier centre mondial du commerce des ailerons.

Le finning est non seulement une pratique cruelle, mettant à mal les populations de squales, mais il engendre un gaspillage considérable. Seul 7 % de la masse totale du requin est exploitée.

26 millions, 73 millions, 100 millions ?
Le nombre de requins capturés annuellement dans le Monde reste très approximatif. Les estimations  donnent une fourchette de 26 à 73 millions par an. Les statistiques liées aux débarquements de poissons cartilagineux communiquées par l’Organisation des Nations Unis pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) donnent annuellement des chiffres voisins de 800,000 tonnes, mais il s’agit de sous-estimations. Elles ne tiennent pas compte les captures illégales, en totale violation des réglementations.


Une vingtaine de pays sont actuellement responsables de 80% des prises mondiales signalées : Indonésie, Inde, Taiwan, Espagne, Taiwan, Argentine, Mexique, Pakistan, Etats-Unis..

L’Espagne, la France, le Royaume-Uni et le Portugal comptent parmi les 20 plus grands pays pêcheurs de requins. Ensemble, les débarquements de ces quatre pays membres placent à eux seuls
l
’Union européenne en seconde position mondiale (derrière l’Indonésie) en terme de volume de capture de requins.


En 2003 un règlement interdisant le finning a été adopté en par l’Union européenne. Il interdisait de manière générale aux pêcheurs de couper les nageoires des requins à bord des bateaux mais prévoyait malgré tout des dérogations. Celles-ci qui permettait à l'Espagne et au Portugal notament de délivrer des permis spéciaux autorisant la découpe des nageoires à bord. 

En 2012, l'interdiction totale du finning est enfin effective dans l'UE après de longues années de plans d'actions, de débats, et de sensibilisation pour que cette réglementation soit revue et renforcée (les requins doivent être obligatoirement débarqués avec leurs nageoires attachées).

En 2009, l'archipel des Palaos (Micronésie) ont été le premier à instaurer un sanctuaire pour les requins, une aire marine protégée ou toute pêche est interdite. Les Maldives, Tokelau, les îles Marshall ont suivit cet exemple, et d'autres pays prennent peu à peu des mesures en faveur des requins.

A Hong Kong, quelques mesures encourageantes ont été prises depuis 2011 : certaines grandes chaines d'hôtels ont décidé de ne plus acheter ou servir des produits à base de requin. Le gouvernement chinois ne servira plus d'ailerons de requins dans ses buffets et diners officiels à partir de 2014.

Cependant il reste beaucoup à faire, de nombreuses eaux internationales ne sont pas réglementées et la pêche au requin et aux ailerons se poursuit dans le reste de l'océan Pacifique et dans l'océan Indien. Une coopération internationale serait nécessaire pour une protection efficace.


Comment agir en faveur des requins ?

1 - Evitez de manger du requin

D'abord parce que la chair de requin n’est pas particulièrement recommandée à la consommation et peut s'avérer dangereuse pour la santé (présence de métaux lourds comme le mercure - voir plus haut) et qu'ensuite certaines populations de requins ont diminué de manière importante en Atlantique nord (requins taupes, requins bleus) et d'autres sont toujours surexploitées. La consommation et le commerce de chair de requin reste toujours important au sein de l’UE.

  Un requin mako vendu en supermarché à Marseille en 2010. Photo: La Provence.
 
En France
, il est courant que des roussettes, émissoles, voire un requin bleu finissent sur l'étal d'un poissonnier ou en supermarché. Ils sont vendus sous diverses appellations : la petite roussette (mais aussi d'autres espèces de petits requins) porte le nom de Saumonette, l'aiguillat celui de Saumonette siki, et le requin taupe commun était auparavant vendu sous le doux nom de Veau de mer.


Le populaire Fish and Chips servi au Royaume Uni est quelque fois préparé à partir de roussette.

D'une manière générale soyez malins et sélectifs quand vous achetez des produits de la mer. Renseignez vous sur la nature des produits et préférez ceux issus de la pêche durable/responsable

Depuis quelques années des labels sont apparus sur le marché comme la certification MSC - Marine Stewardship Council. Même si ce n'est pas encore satisfaisant (l'idéal étant la création d'un éco-label français ou européen) ces produits labelisés vont dans le bon sens. Vous pouvez aussi consulter les site MrGoodfish ou Slowfish qui fournissent de bonnes recommandations.

Nous avons tous une arme efficace : le porte-monnaie. Nous pouvons en tant que consommateurs choisir quoi et qui nous soutenons.


2 - N'achetez pas de produits dérivé de requin

- Que ça soit les dents, mâchoires, peaux ou même spécimens entiers...  ils peuvent provenir de braconnage, de pêche illégale ou non durable. 

- Évitez d'acheter et d'utiliser des produits contenant du squalène issu de requin. Le Squalène est un lipide hydrocarboné présent dans un grand nombre de végétaux, comme dans la peau et le foie des poissons et mammifères. C'est cependant dans l'huile de foie de requin (d'où son nom) qu'il se trouve dans des proportions importantes (40 à 80%).

On trouve le squalène dans des compléments alimentaires (sous forme de capsules, gélules ou d'huile) censés fortifier les défenses immunitaires. On le trouve aussi en cosmétique (rouge à lèvres, crèmes hydratantes, anti-rides, minceur etc...) souvent sous une forme hydrogénée appelée squalane, aux propriétés hydratantes. Même si le marché européen semble avoir basculé en faveur du squalane végétal, celui utilisé à l'échelle mondiale est encore majoritairement issu du requin.

Le squalène est aussi un adjuvant : celui-ci administré conjointement avec un vaccin stimule le système immunitaire et augmente la réponse au vaccin. Cependant il est sujet à controverse

- Quant aux produits à base de cartilage de requin (contre l'arthrose, les douleurs articulaires et même en prévention du cancer) leur efficacité reste à prouver. Il peut être vendu sous forme de poudre, de gélule, ou de liquide. Contrairement à ce qui est avancé par de nombreux adeptes de médecine "naturelle", les requins peuvent développer le cancer.

Découverte en 1993, la squalamine (extrait de l'estomac de requin, mais depuis synthétisée) aurait des vertus curatives et un potentiel certain.


3 - Boycottez la soupe de requin

Ne soutenez pas les restaurants ou les magasins qui vendent de la soupe d'ailerons ou des produits dérivés du requin. Mieux, dites-leur poliment de cesser de le faire.

Discutez-en, faites leur part de la situation et expliquez pourquoi vous pouvez aller jusqu'à boycotter leur établissement. Un commerçant est plutôt sensible à ce genre d'argument. Au pire, il sera informé de la situation périlleuse à laquelle font face les requins. Au mieux... il se peut que le message soit bel et bien entendu.


4 - Informez vous et passez le message

Restez curieux ! Et pour en savoir autant que possible sur les requins, variez vos sources, approfondissez, ne restez pas uniquement sur internet ou sur des documentaires : lisez des livres (et des articles scientifiques) sur les requins, il y en a de passionnants. Vérifiez vos informations. Allez voir des expositions ou des conférences.

Discutez requins avec vos proches et vos amis. Faites part de votre enthousiasme sur ces animaux incroyables. Pour certains restés bloqués sur Jaws, ils seront peut-être amenés à changer leur perception des requins.


5 - Soutenez une organisation ou une association

En ce qui nous concerne, nous suivons régulièrement les activités de Shark Savers - Save Our Seas - Pew - Shark Trust - Pangeaseed

Il existe de nombreuses autres organisations dans le monde qui se battent pour protéger la faune marine. C'est même assez difficile de s'y retrouver. Soyez attentifs, celles qui sont le moins tape à l'oeil sont souvent les plus efficaces. Autrement dit, la pertinence n'est pas forcément proportionnelle à la présence médiatique - sur le net ou ailleurs.


En Europe

Shark Alliance - coalition d’organisations non gouvernementales sans but lucratif - a été crée en 2006 sous l'impulsion de PEW Charitable Trust. Elle a été le moteur du succès du renforcement des lois visant à interdire le finning en Europe. Son but atteint en 2013, elle a été désactivée.


Shark Alliance a été très performante car elle a fédéré des scientifiques, des experts spécialisés dans l’étude et la gestion des requins, des spécialistes de la pêche et des conseillers juridiques experts. Elle a permit d’offrir au public, aux médias, aux pêcheries et aux décideurs un certain nombre de compétences, de données et de conseils dans les domaines liés à la pêche et à la conservation des requins. Shark Alliance a également organisé de nombreuses actions de sensibilisation et publié bon nombre de documents.

European Elasmobranch Association
Crée en 1996, c'est prioritairement un réseau scientifique qui regroupe plusieurs organisations de pays européens. La EEA se consacre à l'étude, la gestion et la conservation des chondrichtyens (requins, raies et chimères).


En France

A.P.E.C.S - Association créé en 1997 et basée à Brest, elle mène des programmes scientifiques et éducatifs pour mieux connaître et faire connaître les chondrichtyens.

Ailerons - Association créé en 2006 et basée à Montpellier. pour l'étude et conservation des elasmobranches de Méditerranée.


Corsica - Requins de Méditerranée - Association créé en 2011 et basée à Ajaccio. Groupe d'étude et de conservation des elasmobranches de Méditerranée.

Longitude 181 Nature - Association créé en 2002, pour la défense de la biodiversité (donc des requins), un éco-tourisme raisonné et une plongée éco-résponsable.

Il existe aussi une multitude de structures associatives de sensibilisation ou de défense des requins plus ou moins sérieuses. Elles sont connues pour communiquer (plus ou moins bien) ou partager des pétitions. On ne parle même pas du nombre de page facebook ou de blogs dédiés qui naissent et disparaissent du jour au lendemain...


6 - Plongez !

Rien de tel que de voir des requins évoluer dans leur milieu naturel pour se faire son idée. C'est souvent une expérience mémorable. L'éco-tourisme, les plongées (en cage ou non) est aussi une manière de faire vivre une économie locale. Cela favorise également la conservation des requins, certains opérateurs reinvestissent du temps et de l'argent dans différents programmes scientifiques d'études ou l'établissement et le maintien de zones protégées.


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